16/05/2010

Merci à Fred pour cette découverte.

Hier, entre 23h45 et 1h30, visionnage de La merditude des choses.
Ou comment peu à peu perdre le sourire, comment perdre l'écart du second degré.
Quel est le sens de cette nécessité : "être un Strobbe", être de cette famille.
Tout dans ce film travaille à l'horizontal, tout peut mettre KO la bande de frères, les réduire au coma. L'alcool en premier lieu (symptôme humain, social omniprésent) et ces litres de bière ingurgités, gosiers béants, tout le long du film (ou presque et noter le moment où cela passe dans l'ellipse, l'évocation, l'attente, le hors-scène tragique qui ne peut dire la mort sur la scène déjà bien maculée). Se livrer à l'alcool, s'y confronter, en faire un mode, un signe de vie (et de mort) c'est tester sa résistance à tenir debout aux limites de la conscience, c'est tester sa résistance à relever le défi de la vie (qui peut être dite "ratée"), au quotidien resserré sur le clan. Jusqu'à ce que les frères se mettent plus que minables, jusqu'à ce que mon sourire initial de spectateur disparaisse à la vue de ce renversement carnavalesque qui prend sous le regard de la caméra un reflet tragique, soulignant l'écart entre le vécu totalement imbibé des personnages (ivres de quoi au fond) et le regard extérieur, sobre et forcément décalé.
L'alcool tue bien sûr, met la vie en péril, mais derrière cela, c'est autre chose qui manque et qui tue, terriblement, tragiquement, socialement, marginalement. Et qui en même temps soude Gunther et son père, les oncles et la grand-mère.
Gunther treize ans traverse alors cela, résiste comme il peut à ce conte absurde de trivialité fière (noble ?) qui ne renonce pas à l'amour, tellement pas. Gunther trouve dans les mots, l'écriture, l'asile de raison, de résistance, d'extraction. Et la question de l'internat, de l'autorisation que doit donner le père à son fils donne lieu à des scènes d'une grande force. Jusqu'où aller contre son fils et/ou contre soi ? Jusqu'où aller contre son père et/ou contre soi ? (quand la mère n'est plus là et que la doxa paternelle la pose en "pute")
Les mots qu'écrit Gunther ne relèvent pas de la transcendance. Ils sont un coup de barre donné pour sortir du sillage, tout en restant un Strobbe, à sa façon. Pour se sauver, sur un radeau qui toujours fuira, prendra l'eau, demandera à être rafistolé, mais qui résistera, même en retournant aux eaux agitées de son enfance, même rattrapé par les courants agités de son enfance.

Ce film est un grand film d'amour.
Et de nausée, la mienne en éteignant la lumière pour trouver quel sommeil...

1 commentaire:

fred a dit…

Oui, complètement , ou comment face à un destin qui paraît inéluctable, tragiquement gord ; le besoin de vivre et d'exister transpire plus encore que tout .
Vivre non pas sans renier et pour revenir dans le droit chemin mais en restant un Strobbe, mieux, en les représentant

Comme toi, j'ai trouvé ce film fantastiquement tragique, à moins que ce ne soit l'inverse ...